Démence et perte d'appétit : aider un proche à s'alimenter | TheKey Canada

Rédigé par Shadi Gholizadeh, PhD, MPH, MSc, CMC | Oct 27, 2026, 7:35:14 PM

Quand manger devient un calvaire

Pour de nombreuses familles qui s’occupent d’un proche atteint de démence, l’un des changements les plus pénibles n’est pas la perte de mémoire, mais la disparition progressive de l’appétit.

Une personne qui avait autrefois un appétit vorace peut se mettre à pousser la nourriture dans son assiette. Les repas peuvent s'éterniser pendant des heures, voire être purement et simplement refusés. Et les aidants doivent souvent faire face non seulement à des risques nutritionnels, mais aussi au stress émotionnel, à l'inquiétude et à l'épuisement.

La perte d’appétit est fréquente chez les personnes atteintes de démence, mais elle n’est pas inévitable — et les familles n’ont pas à y faire face seules.

Chez TheKey, nous travaillons avec des milliers de clients atteints de démence, et nous avons pu constater par nous-mêmes à quel point des stratégies simples et cohérentes, fondées sur l’empathie et des données scientifiques, peuvent faire une réelle différence.

Pourquoi la démence affecte-t-elle l’appétit ?

Les changements d’appétit et d’habitudes alimentaires sont fréquents aux stades intermédiaires et avancés de la démence. Ils peuvent être dus à :

  • Une altération du goût et de l’odorat: les aliments peuvent ne plus avoir d’odeur ou de goût appétissants.
  • Une difficulté à reconnaître les aliments: la personne peut ne pas reconnaître ce qui se trouve dans son assiette ou oublier comment utiliser ses couverts.
  • Manque d’énergie ou fatigue: même le simple fait de manger peut sembler insurmontable.
  • Une surcharge sensorielle ou des distractions: les environnements animés ou bruyants peuvent provoquer de l’anxiété ou de la confusion pendant les repas.
  • Des changements cognitifs et émotionnels: la dépression, l’apathie ou la paranoïa peuvent affecter l’intérêt pour la nourriture.
  • Médicaments: certains médicaments peuvent réduire l’appétit ou modifier le métabolisme.

Certaines personnes peuvent même souffrir de dysphagie (c'est-à-dire de difficultés à avaler), ce qui augmente le risque d'aspiration et peut les amener à refuser complètement de s'alimenter.

Pourquoi est-ce important ? Les risques liés à une mauvaise alimentation en cas de démence

  • Perte de poids et fragilité
  • Risque accru de chutes et de fractures
  • Affaiblissement du système immunitaire
  • Aggravation des troubles cognitifs et des symptômes comportementaux
  • Risque accru d’hospitalisation et de mortalité

En bref : une bonne alimentation ne se résume pas à une question de calories. Il s’agit de préserver la force physique, les fonctions cérébrales et la dignité.

10 stratégies pour les aidants afin de favoriser l’appétit et les repas chez les personnes atteintes de démence

Ces approches s’appuient sur des principes de prise en charge de la démence fondés sur des données probantes et sont mises en œuvre quotidiennement par nos soignants chez TheKey :

Stratégie Pourquoi cela fonctionne
1. Créer des moments de repas calmes et tranquilles Cela réduit la surcharge sensorielle et aide la personne à se concentrer sur son repas.
2. Jouer sur les contrastes visuels dans l’assiette Un poisson blanc dans une assiette blanche peut passer inaperçu. Utilisez de la vaisselle ou des sets de table colorés pour faire ressortir les aliments.
3. Respectez une routine Servez les repas à la même heure et au même endroit pour créer un cadre familier et réduire la confusion.
4. Proposez un seul aliment à la fois Trop de choix peut être déroutant. Simplifiez visuellement le repas.
5. Privilégiez les aliments à manger avec les doigts Idéal pour ceux qui ont du mal à se servir avec des couverts ou à gérer leur rythme. Pensez aux fruits mous, aux sandwichs coupés en morceaux, aux cubes de fromage.
6. Faites appel aux sens Les plats chauds aux odeurs familières peuvent stimuler davantage l’appétit que les mets froids ou fades.
7. Encouragez, mais ne forcez pas Il n’y a pas de mal à inciter gentiment la personne à manger, mais évitez de vous disputer ou de rester trop près d’elle. La dignité est importante.
8. Privilégiez les petits repas fréquents Une assiette bien remplie peut être intimidante. Grignoter tout au long de la journée permet de couvrir les besoins nutritionnels plus facilement.
9. Asseyez-vous et mangez ensemble Donner l’exemple et offrir de la compagnie permet de faire des repas un moment convivial, et non une source de stress.
10. Soyez attentif aux signes de gêne Recherchez des signes de douleur, des prothèses dentaires mal ajustées ou d’éventuelles difficultés à avaler. Signalez tout problème à un professionnel de santé.

Remarque sur la déglutition et la sécurité

Si votre proche tousse pendant les repas, se racle souvent la gorge ou semble avoir peur de manger, il souffre peut-être de dysphagie (difficulté à avaler). Ce trouble est fréquent en cas de démence et nécessite une évaluation clinique. Un orthophoniste ou un spécialiste de la déglutition peut aider à évaluer le risque et proposer des adaptations alimentaires (par exemple, des liquides épaissis, des aliments mous).

N’attendez pas si vous soupçonnez un problème de déglutition ; cela peut mettre la vie en danger.

Ce que disent souvent les familles

« J’ai l’impression d’échouer si je n’arrive pas à les faire manger. » « Je leur prépare tous leurs plats préférés, mais ils refusent quand même de manger. » « Les repas étaient autrefois des moments privilégiés pour nous, et aujourd’hui, ils sont source de tension. »

Nous comprenons. C’est pourquoi la cohérence, le calme et le soutien sont au cœur d’ une prise en charge réussie de la démence. Il ne s’agit pas de forcer la personne à manger, mais de créer les conditions pour qu’elle se sente suffisamment en sécurité et soutenue pour manger.

Les aliments riches en nutriments à privilégier

Pour les personnes qui mangent globalement moins, privilégiez les aliments faciles à mâcher, riches en nutriments et en calories :

  • Des smoothies à base de protéines, de beurre de noix et de fruits
  • Purée d’avocat sur du pain grillé moelleux
  • Des œufs brouillés moelleux
  • Soupes ou ragoûts à base de légumes bien cuits et de haricots
  • Du fromage blanc aux fruits
  • Flocons d'avoine enrichis en graines de lin, à la cannelle et au lait entier
  • Yaourt entier au miel ou aux fruits rouges
  • Boissons nutritionnelles enrichies (à vérifier auprès d’un médecin ou d’un diététicien)

Le rôle de TheKey dans l’accompagnement des repas à domicile

Nos aidants sont formés à un accompagnement des repas centré sur la personne et adapté à la démence. Cela signifie :

  • Respecter les préférences et le rythme de chacun
  • Utiliser des repères visuels et verbaux pour favoriser le bien-être
  • Surveiller les changements de comportement, d’appétit ou de déglutition
  • Collaborer avec les familles et les équipes soignantes pour adapter les repas au fil du temps
  • Faire en sorte que le moment du repas ne soit pas seulement fonctionnel, mais aussi riche de sens

Nous savons que la perte d’appétit ne se résume pas à une simple question d’alimentation. Elle est liée à la sécurité, à la confiance et à la continuité. C’est pourquoi TheKey s’engage aux côtés des familles sur le long terme, afin de veiller à ce que la nutrition ne soit pas laissée au hasard.

Conclusion

La perte d’appétit liée à la démence peut être déchirante, mais vous n’êtes pas seul. Avec les bonnes stratégies et une approche sereine et cohérente, il est possible de favoriser une bonne alimentation et de maintenir le lien à domicile.

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